Dans la bouche des autres

Je vis en ce moment une expérience troublante : une jeune metteuse en scène et comédienne, Margaux Conduzorgues, adapte mon recueil de nouvelles pour le théâtre, et je participe au projet. Nous sommes en résidence au centre dramatique de la Courneuve, bel endroit où nous nous trouvons très bien, et où nous pouvons enfin faire des filages, régler l’articulation des différents moments du spectacle, chose qui n’était pas possible lorsque nous répétions une fois par semaine (les bonnes semaines). On voit ce qui marche, ce qui ne marche pas (on voit surtout ce qui ne marche pas, d’ailleurs, au début). On fait des ajustements, on retouche le texte, on coupe une phrase ou des paragraphes entiers, on ajoute autre chose.

Je suis parfois sur scène, mais très peu, quelques minutes et c’est bien suffisant. La plupart du temps, je regarde le travail de mise en scène se faire et les comédiens s’approprier mes mots. La première fois, ça m’a fait drôle, de me retrouver comme ça dans la bouche des autres. On a coutume de dire qu’une fois publié, le texte ne vous appartient plus. C’est cette sensation que j’ai eue et pourtant je ne me suis pas sentie dépossédée, au contraire. J’entendais dans les intonations des comédiens et dans les indications de jeux de la metteur en scène des choses que je ne savais pas avoir écrites et qui cependant étaient justes. J’ai vu des personnages différents de ceux que j’avais créés, mais qui leur ressemblaient. C’était très émouvant de les voir prendre vie et ça l’est à chaque fois. Il y a par exemple, un personnage qui pour moi n’était pas forcément drôle, protagoniste de la nouvelle qui ouvre le recueil : c’est un homme qui tombe amoureux d’une affiche. Le comédien qui l’incarne, Olivier, parvient à mettre de l’humour dans sa façon de restituer le texte, ce qui le rend touchant dans ses moments graves. Trahit-il le texte pour autant ? Absolument pas, il le fait exister autrement. Il y a une dimension du personnage que je n’avais pas vue, mais que le comédien est parvenu à faire ressortir. J’aime ces moments hautement improbables où nous nous mettons à parler des intentions du personnage comme s’il existait réellement. Plus je les regarde travailler, plus je vois des similitudes avec mon travail de traductrice. En effet, quand je n’écris pas je traduis et pour moi, il ne s’agit pas d’autre chose : restituer un texte avec sa propre sensibilité, en essayant de ne pas le trahir pour autant.

Pour vous donner un aperçu du spectacle et de l’esprit dans lequel Margaux adapte le recueil, je vous laisse découvrir la bande annonce que nous avons tournée au mois de mai, et dont la musique originale est signée par Fabien Dalzin (qui a composé Je ne suis pas un pianiste, pièce à partir de laquelle j’avais écrit une nouvelle). Peut-être reconnaîtrez-vous certaines des nouvelles.

Edit : vous pourrez voir le résultat de ce travail au théâtre de Belleville du 4 au 8 janvier 2016. Vous pouvez même réserver vos places.

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A propos Marie Causse

J'écris des histoires.
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Un commentaire pour Dans la bouche des autres

  1. gokul dit :

    Congratulations and all the best !

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